Origine du nom "Grand Trou"
Le quartier du Grand Trou (Lyon 8e) s’étend entre les voies ferrées et le nouveau cimetière de la Guillotière, de part et d’autre de la route de Vienne qui constitue son épine dorsale. Le pont de chemin de fer qui sépare les 7e et 8e arrondissements marque nettement sa limite nord. Au sud, sa délimitation est plus floue : on peut la situer à la portion de la rue de Montagny qui traverse la route de Vienne en direction du Moulin à Vent et de la Petite Guille.
En 1831, un certain Louis Gros envoie une requête au préfet de l'Isère, préfet provisoire du Rhône, pour demander l'arrêt d'exploitation d'une gravière sur une parcelle qu'il possède à la Guillotière “au lieu appelé La Caffine, longeant la route royale n° 7 (actuelle route de Vienne)”. Cette gravière située à l'extrémité du pré “a fourni depuis 50 ans environ des graviers pour l'entretien d'une partie de cette route près du Moulin à Vent”. Louis Gros explique que la gravière menace d'effondrement le mur d'une propriété voisine.
Le préfet va rejeter la demande considérant que la gravière est toujours exploitable et utile. Un état des parcelles cadastrales de 1825 atteste que cette parcelle était déjà propriété de la famille Gros : elle porte le n° 527, au lieu-dit Lambuni, sur le plan cadastral napoléonien de l'époque, ce qui permet de la situer exactement : elle formait un triangle entre la la route de Vienne et l'actuelle rue Fonlupt, sa limite nord étant située sur l'emprise actuelle des voies ferrées. Est-ce que cette gravière serait l'origine du grand trou qui donnera son nom au quartier ? Cela est fort possible. Il existait d'autres gravières sur le quartier, notamment sur le domaine de Combe Blanche, où se trouve aujourd'hui le cimetière. Peut-être que le jardin du square du 14e Régiment de Zouaves, en contrebas de la route de Vienne, est l'héritier de cette gravière.
La première référence écrite au “lieu du Grand Trou” apparaît dans un article du journal Le Censeur du 14 août 1848, concernant la saisie-vente de 2 parcelles de terre appartenant au sieur Louis Dubouchet, "aubergiste à la Guillotière, chemin des Balançoires”, suite à sa faillite. Voici comment elles sont décrites :
“…deux parcelles de terrain, formant un seul ténement, de la contenance de quinze ares, situées en la commune de la Guillotière, lieu du Grand-Trou, et confiné au nord par les maisons et jardin du sieur Jean Calut, au midi par les maison et jardin de Marie Claret, femme Verdat, à l'orient par le chemin de Lyon à Marseille, à l'est par le chemin de Vénissieux ; ils font partie de la justice de paix du canton de la Guillotière.” (1)
Ces 2 parcelles avaient été achetées par le sieur Dubouchet l'année précédente, comme le précise un acte notarié daté du 27 février 1847. Dans cet acte, elles sont localisées “à la Guillotière au territoire de Lambuni”. Il est quasiment certain que le lieu-dit Lambuni (ou Lambuny) de 1847, déjà attesté en 1825, correspond à l'appellation Grand Trou de 1848. Le nom Lambuni a complètement disparu.
Un plan joint à l'acte notarié de 1847 permet de situer ces parcelles entre la route de Vienne à l'ouest, et le chemin de Vénissieux, actuelle rue Pierre Delore qui se prolongeait alors par la rue du Repos, à l'est. Elles étaient très vraisemblablement situées dans la partie nord de la parcelle 527 propriété de Louis Gros en 1831. C'est une zone aujourd'hui complètement occupée par l'emprise des voies ferrées, en contrebas de l'actuel pont de chemin de fer qui coupe de la route de Vienne, séparant les 7e et 8e arrondissements.
L'indication "Grand Trou route de Vienne" figure également dans un registre de recensement de 1851. Dans le registre de recensement de 1856, 18 personnes sont localisées “Chemin près le Grand Trou”, dont Joseph Marche “employé du chemin de fer”.
Certaines cartes de la première moitié du XXe siècle indiquent une impasse du Grand Trou longeant le flanc sud de l’église Saint-Vincent-de-Paul, à l’emplacement de l’actuelle rue du Presbytère.
Que peut-on en conclure (provisoirement…) ?
- L'appellation Grand Trou est attestée dès 1848, AVANT LA CONSTRUCTION DES VOIES FERRÉES, qui se développent dans le quartier à partir des années 1850 (NB. la liaison Guillotière-Perrache a été mise en service en 1856).
- Le Grand Trou était sans doute à l'origine une gravière longtemps exploitée pour le remblaiement des routes. L'effet de déclivité a pu être accentuée par les travaux de raccordement des lignes du PLM (Paris-Lyon-Méditerannée) avec celles de l'est en direction de Collonge-Genève, mises en service en 1859.
- l'appellation Grand Trou apparaît tardivement sur les cartes et les plans, pas avant le premier quart du XXe siècle, alors qu'elle est attestée dès 1848. Elle a sans doute mis du temps à s'imposer, peut-être à cause de sa connotation défavorable.
(1) La commune de la Guillotière a été rattachée à Lyon en 1852.
Sources & Liens
Médias
Localisation sur la carte
Coordonnées GPS : 45.73603200, 4.85326000 Voir sur Google Maps
Date de création : 15/03/2025
Date de mise à jour : 03/08/2026